Pourquoi de plus en plus de sites deviennent payants face aux nouvelles directives sur les cookies ?
Depuis l’entrée en vigueur des nouvelles règles imposées par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) le 1er octobre 2020, le paysage numérique français se transforme. Bien que le consentement aux cookies soit prévu par le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données) depuis 2018, les nouvelles directives renforcent cette obligation en imposant des conditions plus strictes pour garantir un choix clair et éclairé de l’utilisateur. Une contrainte qui pousse plusieurs plateformes à revoir leur modèle économique, quitte à proposer un accès payant. Vous souhaitez comprendre comment ces changements impactent les éditeurs ? Vous voulez vous assurer de respecter les obligations liées au RGPD ? Les spécialistes RGPD du cabinet DJS Avocats vous expliquent.
Les cookies au cœur de la publicité ciblée
Les cookies sont des fichiers enregistrés sur les terminaux des internautes, indispensables à de nombreuses fonctions d’Internet. Ils permettent de personnaliser les expériences utilisateur, d’afficher des publicités ciblées et de mesurer les performances des contenus.
Grâce aux cookies, il est par exemple possible de rester connecté à son compte ou de se voir proposer des publicités en lien avec de précédentes recherches. Ces fichiers jouent donc un rôle important dans la gestion des données personnelles, notamment lorsqu’il s’agit de répondre aux finalité légitimes de traitement, telles que la publicité personnalisée.
Toutefois, depuis avril 2021, la CNIL prévoit que les internautes puissent refuser les cookies aussi facilement qu’ils peuvent les accepter. Pour Julien Smadja, avocat du cabinet DJS Avocats, « cette nouvelle exigence transforme un système de consentement implicite en une démarche explicite. Les cookies ne peuvent plus être acceptés par défaut, sauf si l’utilisateur l’autorise activement. »
Un impact économique majeur pour les éditeurs
Les nouvelles règles imposées par la CNIL bouleversent les modèles économiques fondés sur la publicité en ligne. Pour de nombreux sites, les revenus dépendent largement des publicités ciblées, qui ne peuvent fonctionner sans cookies. Dès lors, en l’absence de consentement éclairé et explicite, ces plateformes sont contraintes de proposer des publicités non ciblées, et donc beaucoup moins rentables.
Selon Emmanuel Parody, secrétaire général du Geste (Groupement des éditeurs de services en ligne), ces publicités génériques rapportent en moyenne 50 % de revenus en moins.
Face à ces pertes, plusieurs groupes, tels que Webedia ou Prisma, ont adopté une nouvelle stratégie : proposer aux internautes de choisir entre accepter les cookies publicitaires ou souscrire un abonnement payant. Une alternative que l’on retrouve sur des sites populaires comme Allociné, Jeuxvideo.com ou encore Marmiton.
Un modèle controversé
Si cette solution semble répondre à l’exigence de consentement du RGPD, elle soulève plusieurs questions juridiques et éthiques. « L’équilibre entre le respect des droits des utilisateurs et la viabilité économique des éditeurs est difficile à trouver. Les plateformes doivent garantir un accès à leur contenu sans imposer de condition d’acceptation des cookies, mais elles peuvent légitimement chercher à compenser la baisse de leurs revenus », analyse Me Smadja.
La CNIL devra se prononcer sur la légalité de ce modèle qui lie l’accès gratuit à l’acceptation des cookies. Pour l’instant, aucune sanction n’a été annoncée mais le sujet est sous haute surveillance. L’enjeu est de taille, car il pourrait redéfinir les pratiques des éditeurs de contenu en Europe.
Vers un Web sans cookies ?
Dans ce contexte, certains acteurs cherchent à se détacher complètement des cookies. Google travaille par exemple sur des alternatives comme le « Privacy Sandbox », qui vise à offrir une publicité ciblée sans recourir aux cookies. Parallèlement, les éditeurs tentent de collecter directement des données à caractère personnel via la création de comptes utilisateur, afin de réduire leur dépendance aux tiers.
« La fin des cookies tiers pourrait transformer radicalement l’économie du numérique. Les éditeurs doivent s’adapter rapidement pour préserver leur modèle économique tout en respectant les nouvelles exigences réglementaires en matière de protection des données personnelles.», conclut Me Julien Smadja.
Pour approfondir le sujet, consultez l’article publié par Le Parisien.